Je ne connaissais pas Avignon. Ou plutôt si. Il y a une dizaine d'années, j'y étais passé, en août, au moment où la ville sombre dans la somnolence après un mois de fêtes et de spectacles. Je me méfiais un peu, comme de ces pubs trop rabâchées, derrière lesquelles on sent le produit vieillissant.
Les Rencontres socialistes de la culture m'ont donné l'occasion d'y passer deux jours, lundi et mardi dernier. Et donc je m'étais trompé : ce festival, il est bien vivant, comme le spectacle qu'il accueille. Il est jeune, bouillant, riant, émancipateur, insolent. Tout ce que j'aime.
A Avignon, la rue est spectacle et enthousiasme. Il y a un projet de création collectif, celui des gens de théâtre, et un autre celui des spectateurs qui construisent à travers les méandres labyrinthiques des rues leur rôle de public, qui cherchent la pièce qu'ils iront voir, qui en parlent après, qui croisent metteurs en scène et acteurs au fil des rues et des cafés.
J'ambitionnais d'aller au festival officiel, voir Macbeth. Mais comme il fallait s'y attendre, les quelques places destinées aux congressistes des Rencontres s'étaient déjà envolées à mon arrivée.
Je me suis rabattu sur le Off et n'ai pas mis longtemps à découvrir que le coeur du festival s'y trouvait. Parce que le Off représente le foisonnement et l'aventure du spectacle. Un peu de regret de constater l'absence de théâtre politique. Un peu comme si les auteurs de théâtres avaient pris le parti de se retirer de la cité, pour s'enfermer dans leurs boudoirs et leurs salles de bain.
La mise en scène et les acteurs ne peuvent prêter à critique. Ils font bien leur boulot. Mais le texte flaire son anticommunisme primaire et viscéral. Il est de la plume d'un auteur roumain. Les acteurs m'affirmèrent que ce n'était pas de l'anticommunisme, mais de l'anti-stalinisme. Je veux bien. N'empêche que pour se livrer à l'exercice, il faut accepter quelques impasses, comme ne pas parler de la Seconde guerre mondiale, ou du soutien aux luttes de libération menée par l'URSS. Il faut se contenter de parler de la bureaucratie interne soviétiques et de ses dévoiements. Bref, j'ai modérément apprécié l'argument.
Le second soir, mardi, j'ai opté pour Juliette ou la clé des songes. Un cadre agréable, une chapelle en restauration et toujours en pleine décrépitude à côté des Halles. Mise en scène irréprochable. Un texte poétique et dramatique, teinté de surréalisme. Un bon moyen d'aborder la fuite de la réalité, lorsque la vie quotidienne est trop triste ou trop morne. L'oeuvre de Georges Neveux a inspiré un film à Carmé, que je ne connais pas. Mais la pièce est belle. A voir si vous passez par Avignon.
PS : Si je n'ai rien écrit depuis quelques semaines sur ce blog, c'est parce qu'après avoir rendu à mon éditeur favori mon roman Les Bâtisseurs, j'ai un peu ressenti la nausée de l'écriture. Un trop plein. Il parait que c'est normal.
Six heures de train, mais cela valait la peine. D'abord parce que la ville est magnifique. Une ville médiévale dont la plus vieille maison date du XII è siècle. Ensuite, parce que le hasard faisant pour une fois bien les choses, je me suis retrouvé dans un petit hôtel juste sur la place Champolion, la plus belle sans doute. Après parce que j'ai bien, très bien mangé pendant deux jours. L'invitation de l'Association des petites villes était à la hauteur des espoirs que je nourrissais en la matière. Et, après une série de tuiles, suffisamment pour construire un toit complet en début de semaine, j'avais besoin de me refaire des forces. Et le tout c'est conclu par un concert somptueux de l'orchestre de Toulouse. Mendhelson et Rimsky-Korsavov. Shéhérazade : rien que le nom me fait rêver.
Sur le fond, elles sont inquiètes les petites villes de France. Parce que le sarko national a décidé qu'il voulait des grandes métropoles genre allemandes. Alors si vous avez moins de 100.000 habitants, makache. Vous n'avez plus droit à rien. C'est là qu'on supprime les gares, les hopitaux, les postes et même les flics. Bref, on liquide. A Gourdon à côté de Figeac, ils ont trouvé la solution pour combattre la fermeture de la gare, Ils envahissent les voix au moment su passage du Paris-Toulouse. Alors, il est bien force de s'arrêter, le train. Ils font même des pic-niques sur les voies.
Malheur à vous si vous habitez dans une de ces belles cités genre Figeac. Car d'ici trois ans la ville aura le choix entre fermer les services ou encore augmenter les impôts. Et les impôts locaux ne tiennent pas compte des revenus. Les riches payent autant que les pauvres. Et le gouvernement bien sûr, ne veut rien changer.
A moins que vous aussi vous envahissiez la gare, la poste ou la préfecture pour défendre votre part du gâteau.
Enfin, la vieille maison de la rue Saint-Guillaume se trouve digne de son nom, loin de l'image BCBG traditionnaliste qui lui colle aux basques et de l'allégeance aux modèles des business-schools anglo-saxonnes de son actuel mentor, Richard Descoings. Même quand je fréquentais le lieu de ce chari-vari, l'amphithéatre Boutmy, nous n'aurions pas osé telle insolence, pourtant méritée.
Bravo camarades !
Une vidéo mémorable :
Finkielkraut rue Saint-Guillaume
26 % de la population allemande est aujourd'hui tombée en-dessous du seuil de pauvreté, alors que l'Allemagne connaît un boom économique sans précédent depuis les années 70. Qu'est-ce que cela signifie ?
1- Que le libéralisme ne fonctionne pas. Les avancées économiques dans ce système ne débouche sur rien puisqu'elles ne permettent pas une amélioration du sort des populations. En gros, l'Allemagne a retrouvé son niveau de vie de 1948, c'est-à-dire au moment où elle subissait encore les effets des destructions de la guerre. Sauf bien sûr pour une infime partie de la population, environ 5 %, qui se goinffre.
2- Que l'on vivait mieux, beaucoup mieux, en RDA, sous le socialisme, sous Honecker, avant 1991 qu'aujourd'hui dans la partie orientale de l'Allemagne. Aujourd'hui, dans ces régions, un enfant sur trois est pauvre. C'était inconcevable avant.
3- Que les gouvernements européens et la banque de Trichet n'ont aucun soucis des populations. A ce niveau, mieux vaudrait les remplacer par des calculettes : on ferait de vraies économies.
4- Que les mêmes n'ont rien compris à l'économie. Ils se préoccupent des mécanismes comme Charlot observant les rouages de la montre tournant dans le vide, sans avoir la moindre conscience, sans se poser la moindre question quant aux buts de l'économie.
L'affaire et la publicité UCAR ont un grand mérite : elles mettent les positions au clair. Jean-Claude Puerto Salavert, DG de la société, en affirmant dans la campagne organisée par Havas que "Les pauvres sont dégueulasses. Ils polluent", ne fait rien d'autre que de dire tout haut ce que pensent les riches et les patrons tout bas. Les pauvres, à leurs yeux, on ne doit pas les voir. Ils doivent rester cacher, parce qu'ils sont dégueulasses et qu'ils devraient avoir honte de leur condition. Naturellement, l'argument de cette pub est fausse. Plus on est riche, plus on consomme, et donc plus on pollue. Mais elle révèle un des préjugés de classe les plus puissants de la bourgeoisie. Jadis, il y avait le dicton fameux : "Classes laborieuses, classes dangereuses," Revue à la sauce du jour, cela donne la pub UCAR.
Moi, elle me plait cette pub, parce qu'elle met en évidence le mépris des riches pour les pauvres et ouvrira les yeux à quelques dizaines de milliers de personnes. Reste à savoir ce qu'en pense les salariés d'UCAR
Le petit Nicolas a beau tenter de masquer sa politique, il ne fait qu'appliquer les recettes de l'ultra-libéralisme, ce que les américains appellent the supply-side, autrement dit la théorie de l'offre et le monétarisme. A l'origine, Hayek et Friedman ont réhabilité le "tout pour l'entreprise" dont nous faisons les frais. C'était dans les années 60 et 70, à l'époque où un autre économiste libéral (et oui, lui aussi) Keynes, occupait le devant de la scène et inspirait toutes les politiques occidentales en matière de prix et d'emploi. Keynes n'a jamais été socialistes. Son objectif était lors de la crise de 29 de sauver le régime capitaliste, par le soutien de l'Etat aux marchés. Mais le marché lui-même, il ne l'a jamais remis en cause.
Les libéraux eux, réfutent toute intervention de l'Etat. Ils préconnisent l'Etat minimum pour, soi-disant, libérer les initiatives privées. D'où l'obsession des baisses d'impôts en faveur des plus riches, la névrose de la réduction des dépenses publiques, le credo de la concurrence. Reagan le premier en a fait son évangile, suivie de la mère Thatcher. Jusqu'à présent la France avait été épargnée. La voici maintenant touchée par le séisme.
Pourtant, dans la pratique, la théorie de l'offre n'a jamais fonctiionné. Partout, de l'Argentine aux Etats-Unis, elle n'a suscité que des rentiers. Ceus que l'on nous présente comme de brillants entrepreneurs ne sont dans neuf cas sur dix que des héritiers nantis dès la naissance. En France comme partout dans le monde. Par contre, lorsque les capitalistes se sentent en position de force, ils réclament et obtiennent des gouvernements libéraux une multitude d'investissements pour leur permettre d'augmenter leur rentabilité. Ce sont mêmes les plus gourmands en matière de soutien étatique, bien plus que les enseignants ou les organisations syndicales; Ils veulent des routes, des techniciens formés par l'Etat, des politiques publiques de recherche appliquées et le droit d'exploiter gratuitement les résultats de la recherche universitaire. Bref, comme en France en ce moment, ils pressent le citron et gardent le jus.
Résultat, les politiques de l'offre débouchent sur des déficits publics abyssaus, alors qu'elles prétendent poursuivre le résultat inverse, et sur un accroissement des inégalités.
Je ne comprend pas. Alors qu'elles ont partout échoué, et en premier lieu aux Etats-Unis, qui maintenant résolvent leur problème en accroissant leurs déficits et en baissant les taux d'intérêts, leurs zélateurs ne cessent de triompher.
Le capitalisme et les théoiries libérales ne sont qu'une étape de l'histoire économique et de la pensée politique. Une étape sans doute en train de s'achever.
Voila la fameuse clé qui va faire baisser les prix. Le président petit Nicolas l'a dit : il faut plus de concurrence entre grandes surfaces pour accéder au Nirvana de la conso.
Il rêve !
D'abord, parce que pour que le saint-marché soit efficace, il faut une dizaine de conditions qui ne sont jamais remplie. Par exemple, une infinité d'offreurs, de marchands. Cherchez l'erreur. Les enseignes de grandes surfaces se comptent sur les doigts d'une main. En plus, il faut qu'elles soient en rivalité entre elles. En fait, en deux ou trois réunions par an, elles se répartissent les bons coups. Il faut aussi que l'information circule sans influence et en toute fluidité auprès des acheteurs. Autrement dit, il faudrait interdire la publicité. Les dits-acheteurs doivent être en outre parfaitement mobiles. Au prix où est l'essence, il faudra m'expliquer. Bon, la concurrence pure et parfaite, il faudra que les libéraux s'y résignent, ça n'existe que sur le papier. Dans la pratique, on peut parter de prix imposés ou administrés au terme d'un rapport de force. Il faut être aussi naïf que le petit Nicolas pour y croire. Il faut dire que Michel-Edouard Lesombre a du l'embobiner. Pour faire baisser les prix, il n'y a trente six solutions : le blocage par l'Etat ou la concurrence par les collectivités locales. La baguette est trop chère ? Moi, maire de Trifouillis les OIes, je décide de la fabriquer moi-même et de la vendre à moitié prix. Ca c'est de la concurrence. !
Ensuite, dans le contexte français, l'assouplissement des autorisations ne changera rien pour la concurrence. Et pour une raison simple : toutes les autorisations d'implantations résultent d'un accord entre les membres des commissions qui autorisent et les constructeurs de bâtiments commerciaux. Pure connivence, parfois pas claire du tout entre les uns et les autres. Et cette connivence n'est pas prêt de prendre fin. Regardez la carte des hypermarchés autour de Bordeaux ou de Reims, vous comprendrez.
Quant au retour au seuil des 1.000 m², il ne fera que favoriser les fabricants de boîtes à chaussure en taule qui défigurent les entrées de ville.
Dans une autre vie, j'ai travaillé pendant cinq ans dans la promotion des centres commerciaux. Il y a quelques temps, j'ai discuté avec un grand de la profession et je lui ai demandé comment il obtenait les autorisations commerciales. Il m'a répondu : "Comme vous."
Bienvenu à DCD qui me fait le plaisir de rejoindre cette communauté. La Belgique est un pays que j'affectionne particulièrement. D'abord parce qu'ici, en Champagne, il me suffit d'une heure pour passer la frontière. Un coup de voiture et je me retrouve au pied de la forteresse de Bouillon. Ensuite parce qu'en Belgique, on mange bien, très bien, même. J'ai quelques souvenirs de Waterzooi, à Bruxelles en particulier, qui me mettent encore l'eau à la bouche nombre d'années après les avoir dégustés. Sans parler de cette palette de bières qui me vaut des acidités d'estomac à chaque fois que je séjourne une journée là-bas. En plus, la Belgique, c'est le pays de Grévisse, mon grammairien préféré, même si je n'ai pas assimilé toutes ses leçons.
Et puis surtout, les Belges, sont aimables et accueillants. J'ai sans doute moins l'expérience des Flamands que des Wallons, mais d'un bout à l'autre du pays, je n'ai jamais eu que de bonnes surprises et fait que de plaisantes rencontres.
J'ajouterai aussi les musées, en particulier Bruxelles et Bruges, le musée Memling, qui, lorsque
Et j'aime aussi la rue belge, avec ses petites boutiques Des commerces qui échappent aux franchises et enseignes qui ont laminé l'originalité des centres-villes français, si bien qu'aujourd'hui, de Lille à Marseille, tous se ressemblent. En Belgique, chaque ville conserve ses spécificités. Bon, je reparlerai bientôt du commerce français et des autorisations commerciales.
Certes, la Belgique est encore une monarchie, ce qui ne cesse de m'étonner. Certes la laïcité connait-elle là-bas un statut un peu bizarre, puisque les laïques y sont considérés comme ... une religion comme une autre. Mais au moins y ont-ils pleinement droit de cité, ce qui reste une exception en Europe.
Alors, cet été, je retournerai en Belgique. Et je rapporterai des cigarettes et de la bière.
Premier anniversaire du petit Nicolas à l'Elysée et donc plus que neuf ans devant lui. Et oui ! Pas quatre, mais neuf, puisqu'il saute aux yeux que vu la molesse, les pudeurs de jeune vierge et le manque d'imagination que prodigue la gauche parlementaire, il n'existe pas vraiment d'alternative à la droite. Les médias poussent en avant Ségolène. Si la charentaise devaient une nouvelle fois affronter le Sarko dans une campagne présidentielle, le résultat serait à peu de chose près identique. D'autant que les dernières productions du PS n'ont rien pour enthousiasmer le peuple de gauche. Le parti socialistes s'accomode désormais fort bien du capialisme et abandonne jour après jour toute référence à la lutte des classes et au ... socialisme lui-même. Dans la lignée de Dominique Strauss-Khan, il s'efforce de maintenir le libéralisme en lui apportant quelques correctifs. Bayrou fait des émules.
Donc nous continuerons à regarder jour après jour ce que signifie le libéralisme pendant encore neuf ans. Peut-être à ce moment, la gauche aura-t-elle retrouvé quelques bases qui lui permettront de répondre aux attentes du peuple. D'ici là, vive l'abstention, l'art, la littérature, la poésie !!
Merci, mais pour moi, ce sera le pousse-café. Au calva si possible read more
on Retour de Figeac