3 posts tagged “capitalisme”
Il s'est passé quelque chose aujourd'hui. Quelque chose que nous étions nombreux à attendre depuis des années.
Le retour de la conscience de classe.
Ceux qui étaient dans les cortèges parisiens avaient compris. Les slogans ne portaient plus uniquement sur les salaires et le pouvoir d'achat, mais hurlaient le rejet du système et de l'exploitation des salariés par le patronat.
"Marre de travailler pour des gus incultes, anti-sociaux et anti-écolos" (Je trouve que l'inculte résume le reste et est tellement vrai)
"Les patrons licencient. Licencions les patrons" : tout est dit.
Naturellment le patronat et son faototum Sarkozy ne vont rien comprendre à ce qui se passe. Tant mieux. Avec trois millions de personnes, on peut espérer un durcissement du mouvement et la poursuite de sa radicalisation. A ce moment, il y aura vraiment quelque chose à faire, une vraie perspective de changement
Je serais patrons, je commencerais à avoir peur et à en rabattre.
En prime, ma fille Clara, 6 ans. D'elle aussi je suis très fier.
C'est logique et normal de clouer Sarko au pilori. Il est le chef du Etat en déshérance, le porte-drapeau de la politique de retrait des services publics et de soutien aux riches contre les pauvres. Mais Sarko & co ne sont que les valets du système, des financiers, des patrons, des puissants
Dans cette crise, c'est le système qui est en cause, le système capitaliste et libéral. Une prime au pouvoir d'achat, une relance keynésienne ne suffiront pas à empêcher l'économie d'exploser, d'éclater comme une baudruche.
Il faut :
- créer des pôles publics à tous les échelons, municipaux, départementaux, régionaux, nationaux, européens, mondiaux. Des pôles publics qui entrent en concurrence avec les patrons privés et qui pallient leur incompétence et leur inefficacité. Il faut courcircuiter le marché qui montrent ses limites à l'échelle nationale et mondiale.
- réformer les institutions, en finir avec un Président de la République tout-puissant, bonapartiste, et revenir à des institutions dont le parlement élu à la proportionnelle serait le centre.
- soumettre l'appareil d'Etat à contrôle populaire, les juges, la police, les administrations.
- ouvrir les frontières à ceux qui se reconnaissent dans les valeurs et les principes de la République, celle de la Révoluition, pas celle de la Cinquième.
Bref, si Sarkozy constitue indubitablement un obstacle à l'assainissement de la vie, il n'est que l'incarnation temporaire du mur, du Mur de l'argent et du pouvoir.
Rêve Général !
Il y a quinze jours, je suis tombé sur un compte-rendu dans les Lettres françaises, d'un ouvrage récemment écrit par M Marzano. Je m'interroge depuis quelques temps sur l'aliénation par le travail, un des thèmes de jeunesse de Marx. Et suis persuadé que le phénomène n'a fait que s'amplifier depuis 1848. Apperemment, ce livre abonderait dans ce sens, en jetant sous le feu des projecteurs de la conscience, les méfaits du toyotisme, successeur du fordisme. Maintenant, on ne demande plus au salarié de s'investir en entier, à la limite de ses forces dans les tâches dont son patron le charge, façon Charlot dans Les Temps Modernes, mais de ne plus exister qu'à travers son statut d'employé. Sa vie doit se confondre avec son rôle dans l'entreprise. Il ne peut "s'épanouir" qu'à travers elle, être heureux qu'en épousant son idéologie, jour et nuit. L'aliénation dépasse ainsi le cadre du lieu de travail, pour envahir l'existence entière. Je n'ai pas lu le livre, mais il me le faudra tôt ou tard. En tout cas, cet anéantissement de la vie personnelle dans le travail pourrait expliquer l'augmentation des suicides au travail.
Suite logique à la lecture de cet article, je me suis plongé dans La servitude
volontaire, de La Boétie. Et là, évidence, il suffit de remplacer les mots roi ou tyran par patron, et sujet par salarié, pour disposer d'une grille de lecture limpide des rapports sociaux dans l'entreprise. En rapport avec le premier texte, La Boétie introduit une distinction fondamentale, celle qui sépare l'obéir du servir. Que chacun doivent gagner sa croute et se trouve donc dans l'obligation de subir le rapport de forces favorable aux employeurs, donc de leur obéir, c'est dans la nature du capitalisme. Mais celui-ci vise non seulement l'obéissance à ces diktats, mais aussi la servitude, comme semble le souligner le texte de Marzano. Une servitude consentie et intériorisée. La Boétie met en évidence le mécanisme qui aboutit à cette servitude : l'espoir de quelques avantages qui permettront de profiter à son tour du système, de gagner quelques prébendes ou distinction. Espoir falacieux car la plupart des salariés meurent aussi misérables qu'ils sont nés. Ils ont ruinés leur existance en illusions assassines.
Seule la conscience des rapports de force et des mensonges que soustend le fameux épanouissement par le travail et l'entreprise peut permettre d'échapper à la folie, à des formes d'aliénation non plus sociales, mais psychiatriques.
