3 posts tagged “socialisme”
Il s'est passé quelque chose aujourd'hui. Quelque chose que nous étions nombreux à attendre depuis des années.
Le retour de la conscience de classe.
Ceux qui étaient dans les cortèges parisiens avaient compris. Les slogans ne portaient plus uniquement sur les salaires et le pouvoir d'achat, mais hurlaient le rejet du système et de l'exploitation des salariés par le patronat.
"Marre de travailler pour des gus incultes, anti-sociaux et anti-écolos" (Je trouve que l'inculte résume le reste et est tellement vrai)
"Les patrons licencient. Licencions les patrons" : tout est dit.
Naturellment le patronat et son faototum Sarkozy ne vont rien comprendre à ce qui se passe. Tant mieux. Avec trois millions de personnes, on peut espérer un durcissement du mouvement et la poursuite de sa radicalisation. A ce moment, il y aura vraiment quelque chose à faire, une vraie perspective de changement
Je serais patrons, je commencerais à avoir peur et à en rabattre.
En prime, ma fille Clara, 6 ans. D'elle aussi je suis très fier.
J'ai découvert les thèses de Samir Amin lorsque j'étais à Sciences-Pô. Bien sûr, rue Saint Guillaume, on passait vite sur cet économiste militant, contradicteur de l'école néo-libérale. Mais pour ma part, ses ouvrages avaient fait partie intégrante de ma formation économique.
Depuis lors, j'ai lu Pour la 5è Internationale. A mon avis, la meilleure grille de lecture des rapports actuels entre Etats, et particulièrement entre le Sud et le Nord. Et la seule piste à explorer pour sortir de la tragédie libérale. Je lui avais de mon côté passé mon Contre Tocqueville et je crois qui l'avait apprécié.
Hier, j'ai fini L'éveil du Sud. Un beau livre de souvenirs, mais surtout d'analyse. Presque un manuel vivant d'économie internationale et de géopolitique. Région par région, pays par pays, les orientations économiques et politique des pays du Sud sont alignés par un des plus fins analystes et praticiens (j'aurais tendance à dire le meilleur) du développement et du socialisme. Bien loin, à l'opposé des commentaires à deux sous que l'on trouve dans les médias et sous la plume des journalistes de connivence.
Un espoir pour conclure ce livre : Samir laisse ouvertes les portes de l'avenir. De mon côté, je crois que l'éveil du sud permettra un jour à nos vieux systèmes trop content d'eux d'évoluer. Si Samir prétend que la barbarie pourrait aussi triompher avec le chaos libéral, je prétends pour ma part que les sentiments humains du peuple lui permettront d'éviter ce gouffre. L'amour, la volonté de vivre, résisteront à mon avis victorieusement des égoïsmes de la poignée de capitalistes qui gouvernent aujourd'hui le monde atroce dans lequel nous nous débattons.
Bravo Samir !
M
arx reste la référence incontournable. Dans "Salaires, prix et profit", il démontre qu'il n'est pas possible de réformer notre vieux et archaïque système libéral. L'appropriation de la valeur produite par les détenteurs du capital, des machines ou des terrains est une fatalité inhérente au système du capitalisme. Vous pourrez toujours vouloir améliorer votre sort. Vous ne parviendrez pas à abolir la plus-value que l'on vous vole sans changer de régime. Il montre aussi que la valeur d'un bien ne se résume pas dans son prix qui n'en est que la conséquence. Une analyse plus que jamais d'actualité, quoiqu'en disent les disciples d'Hayek et d'Aron. Un texte indispensable à tous ceux qui réclament une augmentation de salaire, à titre individuel ou collectif. Et contrairement au Capital, d'une clarté inégalée.
La seule solution reste donc la collectivisation des moyens de production. Mais si, mais si. D'ailleurs, ce n'est pas la collectivisation qui pose problème, mais l'aprés, c'est-à-dire la gestion des biens collectifs. L'Etat n'y a pas réussi, les coopératives très moyennement. Reste une solution inexplorée, Le socialisme municipal. Permettre aux mairies d'intervenir sur le marché et dans les processus de production, d'acheter des entreprises et d'en assurer la direction. Exemple simple, en milieu rural pour maintenir une boulangerie, le maire a le droit d'acheter un local et de le louer pour une somme symbolique à un boulanger. Mais il n'a pas le droit d'embaucher un boulanger. S'il l'avait, l'affaire serait règlée. On pourrait étendre le principe à DMC menacée ces jours-ci de fermeture ou à EADS qui délocalise, si la taille de l'agglomération s'y prête. Voilà qui donnerait à réfléchir à nos saints patrons avant une fermeture. De toute façon, la concurrence telle que la décrivent les libéraux n'a jamais existée.
Pour l'heure, j'en suis là. Et j'en étais là, en déjeunant avec un ami de la rue de Solférino, en terrasse, lorsque le garçon du troquet le Paris Orsay, à l'angle des rues de Bellechasse et de l'Université, est venu d'interdire de fumer ... sur la voie publique, puisque nous étions en terasse. A désespérer. Maintenant que le dernier des cafetiers parisiens fait la loi sur la rue, je me demande encore si c'est la peine de parler de socialisme municipal. Moi qui croyait qu'on avait encore le droit de fumer dans la rue. Mais sans doute la préfecture de police a-t-elle quelque accord avec lui pour qu'il puisse sortir ses tables et interdire de fumer. Peut-être même est-il chargé de surveiller le stationnement. Qui sait ? Il n'y a pas qu'à Nice que la puissance publique ne sait plus où elle habite. Si encore il s'agissait d'un restaurant gastronomique. Mais, en plus, c'est tout l'inverse.
Enfin, je me console parce que mon éditeur vient enfin de parvenir à ouvrir le fichier de mon dernier roman, Les Bâtisseurs et que les rares personnes qui l'ont déjà lu pensent que ce texte est le meilleur que j'ai écrit.
